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Mois : juin 2017

La raison

Hiver 39. J’étais perdu depuis un moment déjà, naviguant au gré du vent sur la rue de Rivoli. Couché à côté de la Poste, tête entre les mains avec quelques flocons pour seule compagnie, j’écoutais le bruit de la bise.

Un homme perdu dans son manteau, un garçon aux yeux tristes surveillait ma misérable présence, curieux de savoir ce que faisais un homme en complet bleu sur le sol.

« Sale journée ? »

Je souris, en regardant le feu du coin de la rue éclairé les rides profondes et les immenses tombants des yeux d’un vieux passant. Il soupira alors que mes lèvres tentaient d’assembler des mots.

« Pour le moins horrible, oui. »

Il hocha la tête de s’approche de moi. Nous étions désormais deux sur le sol froid.

« Vous ressemblez à ces hommes qui ont besoin d’aide. »

Son nom était Patrick. Fils d’immigrés irlandais, il était arrivé à Paris il y a quelques années. Il avait la voix fébrile comme l’hiver, et chacun de ses sons marquait un espoir remplissant le vide de mon coeur. J’étais l’homme qui avait besoin d’aide, il était l’espoir de cette soirée.

« Pourquoi attendre ici ? Vous n’avez pas de maison où vous reposer ? »

J’ai regardé derrière moi les grands piliers du matin qui s’élevaient vers le ciel noirci de l’hiver.

« Il m’a juste pensé que c’était le meilleur endroit pour réfléchir. »
« Vous semblez regarder cet endroit d’une façon telle que ça ne peut pas avoir de signification particulière pour vous. Je me trompe ? »

Bien sur qu’il avait raison. Cet homme était l’allégorie de la raison.

Triolet

Je vais nu dans l’aurore d’épouvante
Qui accueille lentement les mains savantes
Au bout de ton âme bienveillante
Je respire la brutalité male en geignant
Cette plainte devant toi qui courant
Me refuse à tes bras saignants
Portées par le chant de tes victoires
Ma minuscule et misérable possession
Te retourne mon éternelle interrogation
Faut-il vivre à jamais châtié
Pour profiter un jour de ta charité
Et par tes grands yeux bleus être regardé ?

Parodie

Une parade sauvage défit la nuit
Devant les splendeurs grandes ouvertes
A mes écritures passagères
Parodiant les titres circassiens
Maître de cérémonie de l’extase
Saint Patron des tristesses ravalées
Il prose ses mots sur l’étagère grammaticale
Au milieu des certitudes brouillées
Souillées

Lettre au bois joli

Au cœur de mes fantaisies git cette bohème
Aux allures qui évoquent la pitié
Et la liberté de croire que l’amour est né, mort.
A vous seuls, je livre mon secret de bataille
Conduit aux adieux par l’imparable et aléatoire cœur
Bâtant l’érotisme à mesure que l’oisiveté le gagne
Vétuste et grinçant, il s’arrêtera bientôt pour de bon
Au milieu de ma bohème vi une ombre fantastique
Qui parcoure l’espoir de son voile mystique
Chaque matin que l’existence lui accord
Regrettent la pitié qui trop souvent l’affecte
La mauvaise liberté remonte ses chaines
Venant à penser la syntaxe de ses songes
Comme une large sérénade sans fin qui gronde.
De toutes choses nait l’immonde
Si les souffrances ne sont pas pansées
Arrivant au dérèglement tacite de ses sens
Arrachés à son visage fin et cendré
Le voyant inconnu se place devant lui
Donnant toute fantaisie à l’avenir incertaine
D’écrire sa poésie d’infortune
Sillonnée par les violons pleureurs
Expliquant chaque colère des événements
Par la prose qui regagne son matelas immobile
Livrant jusqu’au paraitre
La sagesse de ses inventions justes

La fin d’une chose indue

Dissous la patine qui soutient les aliments indigestes. Aucune formule ne remplira jamais les restes printaniers au gout d’amende amère. Ne laisse aucune trace derrière toi, aucune forme stricte qui hante les vies ternes.

Rêve d’hier

J’écoute l’horloge sculpter les ombres du soir
Rêvée par les douceurs de la folle vieillesse
Enfouie dans le chêne sombre
Qui succombera aux charmes de l’incroyable vestige
Tombant des ruines du Népal.
Cherche la bête sauvage
Profondément établie en toi
Et rugis le temps oublié
Par les monstruosités égratignées par la foule.
Ne les laisse pas juger tes pensées
S’ils n’acceptent pas ta difformité
Garde pour toi tes parfums enorgueillis
Douceurs spirituelles à la dentelle fanée
Je sentirai ton retour, humant les aiguilles
En attendant que blanchissent tes cheveux

Pensées forestières

J’aime me promener en forêt. Le seul son de l’instant est celui du craquement des branches sèches et des feuilles mortes sous mes pieds. Il n’a pas plus depuis des jours. Dommage, j’aime l’odeur de la forêt humide, et de l’humus qui remonte. Autour de moi, la faune inconsciente organise sa vie sans s’occuper de ma présence. Eux aussi ont leurs sons propres.

Puis les sons s’accumulent, parallèles, ceux de la nature qui vit sans moi. Sans humain. Une fumée s’élève au dessus de la canopée. Je la vois, je la sens, cachée derrière un gros arbre. Puis une flamme. Le visage du feu m’apparait en quelques seconde, comme un personnage de comic.

Les êtres vivants sont remplacés par ces flammes cinglantes qui s’agissent à l’horizon en me regardant fixement. Je me risque à les scruter discrètement, caché derrière le gros arbre. La tentation de fuir s’éveille. Le laisser là, grandir au loin, et me sauver. Mais non. Fasciné, je l’admire, le regarde jaillir et bondir, prendre son envol et déverser son feu de fusion tout autour de lui. La peur est une entaille qui me paralyse.

Ondée de pluie

Noah a ses jambes étendues sur le marbre blanc de la tombe
Le tonnerre annonce la pluie
Au bord du canal une petite cabane
Semble attente l’arrivée de l’automne

L’été prend ses derniers souffles
Sous le toit de chaume
Où l’on entrepose les récoltes
Où l’on récole des étoiles

Les nuages de pluie forment un cercle dans le ciel
Et le vent s’époumone pour terroriser le couloir
Le firmament en lambeaux pèle
Evacuant l’eau de ses pores

A genoux il souriant en rampant vers la rive
Posant des questions ondulatoires à la surface de l’eau
Tentant de rejoindre le canot
Qui peut être sauvera sa vie

La fin d’une époque

Entre la réalité et son sujet
Se lie de mystérieux sophismes
Externalisés dans les tornades
De mots qui crépitent
Noyés dans ce spectre
De lumière ballotée
Sur les flots des eaux usées
Qui descendent au maquis

A reculons elle avance
Vers ces lieux malfaisants
Tentée par la vie

Et cette femme à genoux
Suppliant qu’on lui laissât
Le loisir de mourir
Pour abréger la douleur
Qui toujours la poursuit

Cette réalité là
Attrayante mais macabre
Martyr des corbeaux
Se fond dans les masses creuses
Où plus rien ne fleurit jamais

La nocturne

Inconnu qui tient mes doigts dans ta main
Sans l’amour, tout sera inutile
La distance et le lointain périront
Dans la supposition et les différences

Adepte de l’affectif
Addict aux sentiments
Je signe de la pointe de l’amour
Le serment de la nuit singulière

Ton âme suspecte et l’amant incertain de nos heures destructrices
S’abandonnant à la chaleur des corps qui suent
Et moi seul et plaintif
Je pleure l’unique matière temporelle qui me guette

Ta vie passée se conforme à mes désirs
De cette vie autour des conséquences de l’aurore qui périra avec toi

Mets ta main sur mon épaule
Et guide moi vers l’au-delà
Ou si tu préfères amène moi vers le procès de bienséance
Où je serai jugé en haut de cette pierre qui domine la plaine
Antichambre et bibliothèque de nos présages
Qui naviguant à des kilomètres de la côte

Prudence
J’emerge lentement de la lune en ta compagnie
Alors que je me suis couché seul dans l’idiotie d’hier
J’aimerais renaitre en haut d’une colline de cher où tu seras mien
Croulé sous les baisers nocturnes d’une relation charnelle
Quand tes vêtements sera à terre
Que les pulsations de ton coeur se synchroniseront avec le mouvement des mes hanches
Que ciel terre et mer s’aligneront sur tes caprices

Pose ton regard sur mon corps
Tes lèvres ambrées sur les miennes
Car je suis l’amant de ta nuit

Le toucher de ta peau
M’emmène vers l’océan de candeur où plus d’une fois je t’ai rencontré
Echappé avec une barque qui fuit
L’amour est une mort programmée

J’ai lu chaque des lignes de ton livre émotionnel
Mais j’apprends encore en te regardant
La signification de tes cris victorieux et de ton orgasme insidieux
Poèmes nus qui ne font pas que le bien et qui parfois blessent

Quand j’aurais refermé ta couverture
Je m’endormirai en pensant à l’autre
Qui demain sera près de moi
Et toi où seras tu ?