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La raison

Hiver 39. J’étais perdu depuis un moment déjà, naviguant au gré du vent sur la rue de Rivoli. Couché à côté de la Poste, tête entre les mains avec quelques flocons pour seule compagnie, j’écoutais le bruit de la bise.

Un homme perdu dans son manteau, un garçon aux yeux tristes surveillait ma misérable présence, curieux de savoir ce que faisais un homme en complet bleu sur le sol.

« Sale journée ? »

Je souris, en regardant le feu du coin de la rue éclairé les rides profondes et les immenses tombants des yeux d’un vieux passant. Il soupira alors que mes lèvres tentaient d’assembler des mots.

« Pour le moins horrible, oui. »

Il hocha la tête de s’approche de moi. Nous étions désormais deux sur le sol froid.

« Vous ressemblez à ces hommes qui ont besoin d’aide. »

Son nom était Patrick. Fils d’immigrés irlandais, il était arrivé à Paris il y a quelques années. Il avait la voix fébrile comme l’hiver, et chacun de ses sons marquait un espoir remplissant le vide de mon coeur. J’étais l’homme qui avait besoin d’aide, il était l’espoir de cette soirée.

« Pourquoi attendre ici ? Vous n’avez pas de maison où vous reposer ? »

J’ai regardé derrière moi les grands piliers du matin qui s’élevaient vers le ciel noirci de l’hiver.

« Il m’a juste pensé que c’était le meilleur endroit pour réfléchir. »
« Vous semblez regarder cet endroit d’une façon telle que ça ne peut pas avoir de signification particulière pour vous. Je me trompe ? »

Bien sur qu’il avait raison. Cet homme était l’allégorie de la raison.

Published inRécits périssables