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Mon livre s’est ouvert

Le sourire apparaît sur mon visage tentait de masquer les larmes qui embuaient mes yeux m’empêchant de voir distinctement ce garçon aux cheveux blonds.

« Allez, je dois y aller maintenant. Pourquoi tu pleures ? »

Son innocence et sa candeur presque maladive me frappent. Il tend sa main vers moi. La mienne s’ouvre et il se glisse dedans pour m’attraper. Mon cœur se gonfle tandis que nos mains nous unissent dans un moment solennel. Si nous étions dans un film, la scène serait au ralenti. Puis plus rien.

Chaque nuit je revois ta main qui me manque, je l’imagine caresser ma joue, et à son contact, je divague le long du rivage, je marche près de toi, et je la tiens cette main pour que jamais tu ne puisses partir, pour que jamais je ne ressente à nouveau ce manque que je partage à travers des mots.
Je te vois debout près de la fenêtre, le soleil se couchant sur ton visage, créant une aura sibylline. Tu es beau comme un ange. Tu es beau comme l’inaccessible, dans ce halo d’or qui t’enveloppe et semble te faire flotter devant moi.

Tes yeux doux me regardent, atteignant mon corps, perçant mon cœur, touchant mon âme. Ta main touche ma main pour me tirer vers toi. Mais au lieu de te retoucher, tu disparais dans les poussières qu’illuminent les rayons solaires à travers les persiennes. Mon esprit aspire à te toucher encore, à te parler, mais j’ouvre toujours les yeux avant, sentant tes larmes couler sur mes joues que plus personne ne caresse.

Je balaye cette pièce qui n’a plus ton odeur. La cheminée que tu aimais regarder ne crépitent plus, l’océan de l’autre côté de la fenêtre ne s’agit plus, le vent ne rafraîchit plus la véranda ou nous rêvions de futur. Assis devant ma grande plante fanée, je ne revois que ce passé, seul moment que je connais où tu es présent. De l’autre côté, près de la vitre qui n’est plus très propre, ton siège est désespérément vide. Je ne peux que t’y imaginer. Lui aussi t’attend.

A travers la douceur du printemps, je sens tes cheveux frais, j’entends ta voix mielleuse fredonner ces mélodies que j’aimais. Je revois tes beaux yeux clairs se refléter contre la vitre, quand tu regardais le chien jouer seul dans le jardin. Je suis comme lui, seul. Mais je ne joue plus. Je ne peux que repenser à ton nez droit, tes lèvres roses et aimantes. Je ne peux que repenser au contact de ces lèvres avec les miennes, de cette séparation que je savais courte. Du désir de te toucher qui s’évase dans mon âme.

Je frémis, un peu honteux, et je sors lentement dans le jardin vers mon bureau extérieur, ta main dans la mienne. Nous marchons vers cette remise dont nous avions fait un atelier, celui où j’ai écrit tant de fois ta vie, celle qui m’a tant de fois inspirée, celle qui a provoqué tant de livres, tant de fois lus. Je me retourne. J’ouvre les yeux. Encore une fois j’ai traversé le jardin la main vide, avec pour seule présence celle que j’ai imaginé. J’ouvre la porte, les yeux déchirés par ces murs que tu n’habites plus. Ici j’ai terminé les plus belles pages de ma vie grâce à toi, ici j’ai pleuré les pires mots de ma vie en pensant à toi, mais je crois que j’ai encore beaucoup à écrire pour toi, pour nous, pour la vie, parce que mon livre s’est ouvert avec toi, mais il me reste tant de chapitres à vivre.

Nouvelle sélectionnée dans le cadre du Salon du Livre Régional de Pignan

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