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Catégorie : A l’ombre de ma nuit

Essaie ALRDTP

A l’ombre de ma nuit

Longtemps j’ai cru que j’écrivais sans but parce que je n’écrivais pour rien et sans publier. Parfois devant mon clavier, lumières éteintes, mes yeux se fermaient à mesure que mon esprit prenait le contrôle des mes mains jusqu’à ce que je ne puisse plus deviner ce qu’elles écrivaient, et avant que j’aie le temps de me rendre compte que j’écrivais, le jour pointait, et avec lui des kilomètres d’automatismes. A force de cherche l’inspiration, de choisir consciemment les mots qui devaient s’aligner les uns après les uns, j’étais envahis de pensées que je n’arriver plus à contrôles, face à des réflexions équivoques qu’il me semblait moi même impossible d’avoir, des raisonnements surannés ou des préoccupations d’un autre être. Perdu dans mes ouvrages parlant de Patti Smith à la manière d’André Breton, je tentais de croire que j’avais la moindre raison de croire en mes phrases souvent intelligibles mais rarement intelligentes. Dans l’obscurité qui recouvrait la vue des mes locutions, se détachait les joutes verbales entre le passé où j’aurais aimé vivre et le fantasme où je me complais de m’imaginer, idéalisation d’une excitation qui ne se calme que pendant le sommeil, comme après la métempsycose.

Dehors le bruit des camions poubelles annoncent la levée du jour que je n’ai encore pas vu, tel le chant des oiseaux qui refusent de siffler le moindre hymne dans cette ville barbare à la nature morte. Gracié par mes rêveries récentes, j’imagine les adieux déchirants préscolaires sur le bitume trop froid et les vitres gelés des voitures plus cotées.

Ma nuque tendrement appuyé sur le cuir de mon fauteuil se détend pour diffuser les idées qui infusent dans mon corps, que chaque membre s’empare de cette vaine création qui ne regarde que moi. Si j’avais une montre, je l’aurais sans doute regarder pour savoir l’heure qu’il est. J’attends que le sommeil soit trop présent pour m’obliger à partir en voyage diurne quelques heures avant d’être réveillé par une contrainte bien trop réelle pour qu’elle me préoccupe, celle des gens qui voudraient me voir exister sous le soleil de leur vie. Réveillé par ces crises du réel je maudira mon bonheur onirique bien trop court qu’on voudrait ma faire croire irréel parce que non palpable pour les autres. Et pourtant sa chaleur, sa proximité et sa présence sont bien réelles pour moi, la donnant l’espérance d’un soulagement futur, à l’aube du courage d’affronter la souffrance et le regard quotidien, des sonneries, des pas qui s’approchent et qui repartent, de cette vie qui craque autour de moi en m’ignorant.

J’ai dormi tant de vie que j’ai oublié de faire l’effort de grandir, puis de vieillir, restant l’éternel enfant de lin adolescence primitive, dans la conscience sélective où mon corps changeant, enfermé dans des couches sentant l’urine nocturne. Auparavant cerné par les terreurs de l’enfance, je suis désormais atterré par celle du monde adulte fixant mon kaléidoscope hormonal comme une horloge biologique calqué sur mes battements cardiaques syncopés.

Ce long et douloureux rêve.

Formé au plaisir entre le gout du sucre et le toucher charnel, je scrute l’enfance en tenue d’Adam qui marche de long de ma cuisse, lentement pour ne pas me réveiller, prêt à s’offrir à ma nuit. Le reste du monde m’apparaît trop lointain pour remarquer de coup de canif dans un contrat tacite qu’on a signé à ma place. Sa cou encore chaud de mes baisers de la veille fait rougir ses yeux célestes, astres d’une cité bleue où j’habite parfois, quand le réel est trop dur. Mes paupières mi-closes, entre deux mondes, font barrage entre ces alternatives aux siècles de civilisation et de société sur lesquels j’aimerais marcher à grand coup de régression antisociale. Frémissant comme un animal blessé dans sa caverne, j’attends patiemment la seconde de jouissance, quand les regards sont trop sombres pour m’observer, espérant qu’aucune caméra ne garde trace de mes mains.

L’ordre des années m’indiffère, et le monde qui tourne ne me consulte jamais pour remettre en ordre les souvenirs évanescents que nous avons en commun. Je viens d’un monde où un bras soulevé suffit à déplacer l’orbite qui tord le charme sanguinaire des aléas habituels. Je viens d’un monde à l’immobilité crasse sans recourt. je viens d’un monde où s’agite les traits originaux à la lumière d’une lampe à pétrole prêt à enflammer le sommeil profond d’où je me débats chaque jour.

Engourdi comme après chaque réveil, l’instant de brume entre mémoire et conscience cherche à m’induire en erreur, me projetant sur les hauteurs de Saint-Menges où le cimetière communal m’attend, balayé par le vent glaciale de décembre qui glace mes membres. Ankylosé, j’attends le réveil de ceux qui m’attendent pour m’excuser et me justifier, au cœur de leur tourbillon de ténèbres, je compte les années où, allongé sur des matelas trop fermes, je pleurais en pensant à eux, et à ces départs injustifiés, les seuls à être capables de me fixer au réel.

Les volets entrouverts fabriquent une lumière barbelée qui dépose des rayons angoissants dignes des barreaux de prison. Leur vision disloque ma pensée qui s’étire entre les six parois de ma chambre, minuscule entonnoir à idées remplit de livres